Jour 4 : Kaesong et la zone coréenne démilitarisée (DMZ)

Vendredi 8 août

Séance photo autour de l’hôtel avant le petit déjeuner. Le bâtiment est plus que centenaire, chose qu’on ne voit pas à Pyongyang. La ville de Kaesong (300.000 habitants) faisait partie de la Corée du Sud au moment du déclenchement de la guerre de Corée, elle n’a donc pas été bombardée par les salauds d’impérialistes US (4 jours sur place, et voilà, j’ai déjà leurs tics de langage) et est demeurée intacte.

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Notre hôtel, de jour cette fois.

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Kaesong possède plusieurs sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, dont son ancienne université. Elle date de plus de 1000 ans et est la plus vieille du pays. Aujourd’hui, on y trouve un musée dédié à la dynastie Koryo, période à laquelle la ville était capitale de la Corée. La ville a conservé ce statut cinq siècles, du 10e au 15e siècle.

Le musée possède environ un millier de pièces, jolies mais rien d’exceptionnel. C’est vraiment l’équivalent d’un petit musée d’une petite ville de province.

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Par contre, ils ont reproduit à l’échelle 1:1 la tombe d’un roi Koryo, qu’il est impossible de visiter pour ne pas abîmer les peintures. C’est une bonne idée.

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En sortant, très important arrêt dans le magasin de souvenirs du coin. De tout le séjour, il est celui qui dispose de la meilleure offre de posters et cartes postales de propagande. Je fais le plein de ces produits, ainsi que d’une poupée de traffic girl.

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À dix kilomètres au sud de Kaesong passe la zone démilitarisée. Elle est large de 4 kilomètres et sépare les deux Corée depuis l’armistice de 1953. Elle ne suit plus tout-à-fait le 38e parallèle : à l’ouest, le territoire nord coréen descend plus au sud, à l’est c’est la Corée du Sud qui a gagné du terrain vers le nord.

Les deux guides nous font une brève introduction du lieu, avant que nous n’ayons à attendre pas mal de temps qu’un soldat de l’armée populaire vienne s’occuper de nous.

L'endroit est parsemé de panneaux prônant la réunification.

L’endroit est parsemé de panneaux prônant la réunification.

La visite commence par la salle des discussions en vue de l’armistice, qui ont débuté en 1951. Faute d’accord, la guerre s’est poursuivie pendant deux ans de plus. Cinq délégués de chaque camp se faisaient face.

La table est d'origine, nous a-t-on assuré.

La table est d’origine, nous a-t-on assuré.

Un peu plus loin se trouve le hall où a vraiment eue lieu la cérémonie de signature de l’armistice. Les tables sont toujours là, chacune avec le manuscrit du traité (en coréen et en anglais) et un petit drapeau. « Les États-Unis ont préféré mettre le drapeau des Nations unies, pour ne pas que le monde soit témoin de leur défaite », nous dit le guide.

Le général américain qui a signé l’armistice a déclaré plus tard qu’il avait subi l’humiliation de signer le premier « armistice sans victoire » de l’histoire de l’armée américaine.

Malgré cela, « ils n’ont pas compris la leçon et font des exercices militaire chaque année aux abords du pays », commente le soldat. « S’ils attaquent, on les boutera hors de la péninsule et on réunifiera la Corée », affirme-t-il.

"La France a aidé les impérialistes", m'a-t-il indiqué. Mais "c'est du passé, alors d'accord pour une photo".

« La France a aidé les impérialistes », m’a-t-il indiqué. Mais « c’est du passé, alors d’accord pour une photo ».

Je me suis demandé, puisqu’ils sont si sûrs de leur supériorité et désirent tant la réunification, pourquoi ils n’attaquent pas directement le sud. La réponse est simple : ils veulent une réunification pacifique, pas agressive. D’ailleurs, leur armée est surtout défensive, pas offensive.

Observation intéressante : pas une seule fois pendant la visite nous n’avons entendu le terme « sud-Coréens ». Pour les nordistes, au sud de la ligne de démarcation se trouve « l’armée US ».

On visite ensuite des baraques installées au niveau de la ligne de démarcation, qui permettent de passer d’un pays à l’autre. Quatre (les blanches) appartiennent au nord et trois (les bleues) au sud. Pendant quelques minutes, je foule donc le territoire de la Corée du Sud.

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Sous l’impulsion de notre guide, Ramón commence à chanter la chanson du Président Kim Il Sung, rejoint par le soldat. Moment rare ! Un autre soldat vient chaleureusement lui serrer la main.

Avant que nous partions, le soldat qui nous a guidé nous remercie d’être venus et nous dit que même si certains de nos pays ont combattu contre la RPDC, « c’est du passé et cela n’a rien à voir avec vous, le peuple de ces pays. Même toi, le touriste américain. » Au pire, si je dis que j’habite à Montreuil et que la ville a donné une médaille à Kim Il Sung, ça doit compenser, non ?

Y'a ce genre de monument-autographe un peu partout dans le pays. C'est un peu le livre d'or perso des Kim.

Y’a ce genre de monument-autographe un peu partout dans le pays. C’est un peu le livre d’or perso des Kim.

On retourne à Kaesong déjeuner au restaurant Thongil, à Kaesong. La table est recouverte de plats dans des bols en bronze : c’est le Pansangi, le « repas chaud royal ». C’est délicieux.

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Ayant fini de manger avant les autres, je descends dans la rue prendre quelques photos, en m’attendant à chaque mètre parcouru à entendre un guide coréen arriver en courant me chercher. Mais même pas, j’arrive à m’éloigner (un petit peu) du groupe. Ce n’est que 100 ou 150 mètres, mais ça me paraît déjà énorme, après trois jours dans le pays.

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Un traffic boy désœuvré.

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Nous montons ensuite admirer la statue du Président qui surplombe la ville, puis descendons dans un petit parc pour admirer la vue sur les basses maisons traditionnelles, bien différentes des immeubles de Pyongyang.

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La montagne au fond est surnommée "la femme enceinte", car on dirait une femme allongée (la tête est à gauche).

La montagne au fond est surnommée « la femme enceinte », car on dirait une femme allongée (la tête est à gauche).

Des grands parents papotent sous un kiosque avec deux enfants d’un an. Super mignons, ils apprennent tout juste à saluer quand on leur dit bonjour.

Un peu plus loin, un groupe d’étudiant (ils sont en vacances d’été pour un mois) est réuni à l’ombre des arbres et commencent à danser quand on arrive, sans doute pour attirer notre attention. Certains de notre groupe les rejoignent et improvisent quelques pas, déclenchant l’hilarité. Là encore, un joli moment de contacts humains et simplement d’échanges de sourires entre des gens aux vies si différentes.

Cette photo n'est pas de moi, mais de Miriam, une autre voyageuse.

Cette photo n’est pas de moi, mais de Miriam, une autre voyageuse.

Certains d’entre vous se diront (et certains m’ont dit, avant que je parte) que tous ces gens sont des acteurs, qu’ils n’étaient pas là par hasard et que j’évolue depuis trois jours dans un gigantesque théâtre.

Alors oui, on ne nous montre que le « beau côté » -ou disons le moins pire-  du pays, mais je n’ai aucune raison de croire que ces gens que je croise sont des acteurs. D’une part, il y a forcément des gens en Corée ; un peuple qui vit, travaille, s’amuse, tombe amoureux, salue ces drôles d’étrangers qui passent par là. D’autre part, il serait absolument impossible d’organiser un Truman Show de cette taille. Depuis mardi, j’ai quand même traversé le pays du nord au sud.

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Un acteur ?

Un acteur ?

Enfin, si je vous parle des moments qui me touchent, je ne peux pas tout vous décrire (mon compte rendu est déjà bien long et me prend beaucoup plus de temps qu’à l’accoutumée à écrire). Derrière les sourires des enfants, je vois aussi les gens qui se lavent dans les rivières, qui s’entassent dans des bus hors d’âge, qui triment dans les champs et dans la rue. Je vois aussi les bâtiments délabrés, la pénurie d’eau (pas de douche ce matin !) et le manque d’électricité.

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Autre exemple : quand on l’a interrogée sur le sujet, Mlle Pang n’a pas rechigné à nous parler des années de famine.

Sur la route de Pyongyang, nous nous arrêtons à Sariwon, la capitale de la province du Nord Hwanghae.

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Une dame nous fait la présentations de tombes (dont une de 3.000 av. JC) et de mosaïques représentant l’histoire de la Corée.

Nous grimpons ensuite au sommet de la colline locale, où se trouve une pagode avec une belle vue sur la ville. En prenant un chemin détourné, j’arrive au milieu d’un groupe de Coréens qui, leur surprise passée, m’invitent à boire le thé. Malheureusement, mieux vaut que je retrouve mon groupe dare-dare avant de me faire tirer les oreilles.

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Nous devions aller voir la tombe du roi Kongmin, mais la route qui y mène est fermée pour travaux. À la place, nous allons tester un alcool local, le Makgeolli, dans un bar du coin. Ce vin de riz est délicieux, on dirait du yaourt au citron. Tellement bon que j’en bois quatre bols.

Pendant ce temps, nos guides sont en grande conversation avec deux soldats, ce qui retarde notre départ. En fait, notre crime est d’avoir marché entre le parc et le bar (300 mètres environ) au lieu de prendre le bus. Miss Pang a les larmes aux yeux en remontant dans le bus, apparemment ça s’est mal passé… (Note du 10 septembre : elle est toujours vivante, ne vous inquiétez pas)

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Nous nous arrêtons, juste avant Pongyang, au niveau du monument de la réunification, que je trouve très joli. Au sommet, il est écrit : « 3 principes pour la réunification ». Ces principes sont :
– la réunification doit se faire sans ingérence étrangère
– elle doit se faire de manière pacifique
– le nouvel État doit être fédéral, avec deux gouvernement, car les Coréens du nord savent bien que les deux pays sont aujourd’hui trop différents pour pouvoir simplement fusionner.

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C’est mon monument préféré en Corée.

Le club diplomatique, où nous devions passer la soirée, est plein. A la place nous rentrons à l’hôtel et nous retrouvons (pour ceux qui veulent) dans la salle de karaoke.

Alors, ok, on est les meilleurs pour foutre l’ambiance : Mike (un Canadien génial) et Rowan sur Total eclipse of the heart, Mike et moi sur Bohemian Rhapsody, moi sur My way (version franco-anglaise Claude François-Sinatra)… Mais en termes de technique vocale, n’importe quel Coréen nous écrase. Ils arrivent, prennent le micro et bam, remportent The Voice fingers in ze nose.

Surtout Mlle Pang, qui a une voix extraordinaire. Alors, je sais ce que vous vous dites : « pourquoi tu n’épouse pas cette fameuse Mlle Pang dont tu nous parle tant ? » Eh bien, c’est une très bonne question, merci de l’avoir posée.

La réponse est multiple. D’abord, c’est une nord coréenne, c’est donc impossible (du moins je pense, je lui demanderai demain si les mariages mixtes existent). Et surtout, j’ai une concurrence folle, puisqu’elle a conquis tout le groupe, gays et femmes inclus. Je lui ai demandé pourquoi elle était toujours célibataire à 27 ans. « Je ne sais pas », a-t-elle répondu en riant.

Plus sérieusement, la Corée est un peu comme la Chine ou le Japon : passé 25 ans, ça devient louche si une femme (ou un homme, d’ailleurs) n’est pas mariée.

[Le reste de ce texte a été écrit sous l’empire de l’alcool, à 2h du matin, puis remanié lors de sa mise en ligne]

Le rêve de Miss Pang est d’aller un jour en Europe, plus particulièrement en Italie. Moi, mon rêve, c’est d’aller dans l’espace. Et ça me fout le cafard de me dire que j’ai plus de chance qu’elle de voir mon rêve se réaliser (à l’heure actuelle, du moins – on peut toujours espérer que la dictature nord-coréenne s’effondre prochainement). J’ai du mal à comprendre l’intérêt qu’ont les maîtres du pays à maintenir 25 millions de personnes en otage, dans un système dont ils savent forcément qu’il n’a aucun avenir. Vous avez 4 heures.

Avant de me coucher, il me faut écrire quelques cartes postales.

Avant de me coucher, il me faut écrire quelques cartes postales.

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